Les Entretiens Européens & Eurafricains 2017, retour sur la première journée d’échanges

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Nous voici à la deuxième session des entretiens européens & eurafricains 2017, la première rencontre ayant eu lieu le 10 Janvier 2017 à Ouagadougou. Le 5 et 6 mars 2017, des tables rondes se succèdent pour débattre du défi de l’émergence de l’Afrique de l’Ouest, des politiques publiques et des régulations pour favoriser l’investissement.

Le but de ces rencontres est de définir une vision partagée et sortir de la superposition des discours, réexaminer le mécanisme d’émergence et les orientations des politiques publiques.

 

La conjoncture économique mondiale et les relations UE / Afrique(s)

Christian de Boissieu, professeur d’économie au collège d’europe
L’afrique est trop exposée aux chocs externes, sa croissance n’est plus aussi résiliante. Cela est dû au fait qu’elle est plus ouverte qu’avant, ce qui crée une dépendance vis à vis du reste du monde. L’Europe peut aider l’Afrique sur 3 frontières : technologique (informations et télécommunications); éducation & formation; environnementale (voir la position leader des pays d’Afrique du nord).
Europe doit aussi aider l’afrique à changer la gouvernance mondiale. Il y a une sous représentation de l’afrique au G20, il faut donc que certains pays puissent se regrouper pour n’avoir qu’un seul représentant (pourquoi pas 1 représentant de la zone euro) et laisser la place à l’Afrique.

Pascal Agboyibor, avocat associé Orrick Herrington & Sutcliffe (europe) LLP
Il est nécessaire de questionner les bases sur lesquelles les statistiques sont établies. On entend toujours plus de croissance pour le continent africain, pourtant il y a un écart entre le discours et la réalité. Selon lui, les dirigeants et l’élite sont trop dans un « suivisme » d’un modèle européen, il faut prendre en compte les réalités africaines.

L’intégration régionale : un atout pour le développement de l’Afrique et de l’Europe

Marcel de Souza, président de la commission de la CEDEAO
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) comporte 15 Etats (avec une demande d’admission de la part du Maroc), la locomotive de cet ensemble est le Nigéria avec 30% des réserves pétrolières et 31% du gaz. Crée le 28 mai 1975, la CEDEAO est un marché commun et une union douanière. Il en résulte paix et sécurité face aux conflits. Le premier principe de ce marché est la libre circulation (biens, personnes, services, capitaux, etc.). Il y a encore du travail à faire puisque sur les 54 protocoles qui ont été votés seulement la moitié à été ratifiée. Il rappelle les avantages du franc CFA, qui amène stabilité et qu’une rupture ne sera possible que bien préparée.
Il faut transformer l’administratif en créant un environnement favorable aux PME (80% disparaissent au bout de 5 ans), organiser un système éducatif qui favorisent leadership et entrepreunariat, booster la création d’infrastructures (rail, route, aérien et maritime), enfin une bonne politique énergétique.

Edoh Kossi Amenounve, directeur général de la BRVM
La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) est commune à l’ensemble des huit pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Il y a 43 sociétés cotées en bourse dont 33 entreprises ivoiriennes.

Philippe Hugon, professeur émérite et directeur de recherches à l’IRIS
L’Europe se désengage du continent africain. Les PME sont frileuses à investir en Afrique par manque de connaissance du marché alors que les grands groupes savent gérer les risques. La barrière principale est la non connaissance de la diversité des afriques, qui demande une adaptation des réponses. Il souligne le fait que les accords de partenariat économique (APE) manquent de coordination des politiques économiques. Il faut une visibilité long terme pour que les acteurs puissent se projeter et investir (vs « tout sauf les armes » des PMA).

Philippe Herzog, ancien député européen et conseiller de la commission européenne
Europe est une Europe en crise qui doit redéfinir sa place dans le monde. Il faut redonner une place primordiale à l’éducation, favoriser la mise en mobilité (erasmus +); redéfinir ses alliances et se situer au niveau géopolitique international; enfin redéfinir l’union douanière en intégrant l’Afrique.

 

Le rôle des banques centrales et des institutions régionales : réformer les régulations de marché et redéfinir les missions du système monétaire et financier pour l’investissement

Ahmadou Al Aminou LO, directeur national pour le Sénégal, représentant le gouverneur de la BCEAO
En 2015, l’activité économique de l’Union économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) enregistre un taux de croissance de 7% contre 6,4% en 2014. Cette zone a un encrage établi avec une bonne discipline budgétaire. De plus la BCEAO a le taux d’intérêt le plus bas. La BOAD, BCEAO ont définis 5 axes stratégiques : renforcer la gouvernance publique et privée, accroitre la mobilité, améliorer l’offre des services financiers, améliorer l’environnement économique, et travailler à une balance commerciale excédentaire.

Karim Zine-Eddine, directeur des études et des relations avec l’Afrique, paris EUROPLACE
L’Afrique est intégrée à la finance internationale, Paris europlace est un cadre global où différents acteurs qui font de la finance s’articulent entre eux (collectivités, entreprise, banques, etc). C’est aujourd’hui la seule bourse panafricaine qui existe aujourd’hui. L’afrique est sur-perçu par les banquiers qui rendent plus cher leurs interventions en Afrique, mais la présence du CFA réduit ce risque car il y a moins d’inflation par rapport à d’autres régions.

Mamadou Lamine Diallo, député au Sénégal, polytechnicien

Les ambitions ont changées, maintenant on parle d’émergence. Il souligne qu’il y a de véritables problèmes au niveau de l’accessibilité des emplois. Au niveau des banques, il pense que les banques doivent se former sur l’appréciation des risques du secteur privé pour que ce dernier puisse avoir plus de crédits.

 

La participation des jeunes à la réussite du changement et du développement

Aïssata Diakite, fondatrice et directrice de zabbaan Holding
La petite fille de 10 ans meilleure vendeuse de yaourt de sa maman a fait bien du chemin. Aujourd’hui elle a créé Zabbaan Holding, des jus naturels. Elle revient sur ce travail de longue haleine pour créer son entreprise. L’afrique est un marché émergent et les démarches administratives sont lourdes. Elle a gagné plus de 6 prix internationaux, elle explique que cela aide à trouver des cadres pour accompagner son projet mais ce n’est pas une finalité en soi.

Annick N’guessan, directrice Afrique OM5TV
Elle met en lumière son amour des cultures sans distinction de le couleur de peau. La chaine OM5TV qu’elle dirige valorise les cultures africaines partout dans le monde. Ils tentent de montrer les « success stories » pour favoriser la mise en relation et inspirer. On est dans une période troublée en France, il est important de s’unir et les institutions doivent selon elle, appuyer de telles démarches.

Nadia Mensah-Acogny, co-fondatrice ACOSPHERE
Elle parle d’une jeunesse perdue et désengagée qui n’est plus dans le radar des politiques. Il n’y a plus d’adéquation entre les formations universitaires et les emplois que l’on trouve, les jeunes ont tous les mêmes diplômes. Elle nous rappelle qu’un diplôme ne définit pas notre carrière professionnelle, on peut avoir plusieurs vies. En Afrique, les gouvernements ne font plus rêver notre jeunesse. Cela fait tellement longtemps que les jeunes l’on compris qu’ils construisent eux mêmes les solutions. « Il n’y a rien pour moi ailleurs alors il faut construire le ‘ici’ « .

Voila qui conclue les débats et discours de la première journée. Voici les débats de la deuxième journée.
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